Une faille dans le mempool, une réponse sans fork
Le risque quantique sur Bitcoin ne vient pas de la blockchain elle-même, mais du mempool. Entre le moment où une transaction est diffusée et celui où un mineur la confirme, des données mathématiques sont exposées publiquement. Un ordinateur quantique suffisamment puissant pourrait, en théorie, exploiter cette fenêtre pour reconstituer une clé privée à partir de la clé publique visible, forger une signature et détourner les fonds.
Avihu Levy, responsable des applications chez StarkWare, a publié le 9 avril 2026 un document technique intitulé "Quantum-Safe Bitcoin Transactions Without Softforks". Il y présente QSB (Quantum Safe Bitcoin), un schéma qui modifie BINOHASH (Linus, 2026) en remplaçant son composant non résistant aux attaques quantiques par un mécanisme dont la sécurité repose uniquement sur la résistance aux préimages de RIPEMD-160. Le résultat : une résistance de ~118 bits face au modèle de menace de l'algorithme de Shor, le tout en restant dans les contraintes du script Bitcoin historique (201 opcodes, 10 000 octets).
La technique centrale s'appelle le "signature grinding". Plutôt que d'accepter la première signature valide générée, l'algorithme en teste des millions jusqu'à en trouver une dont la forme ne révèle pas la clé publique. La fenêtre d'exposition est ainsi fermée avant même que la transaction n'entre dans le mempool. Le coût estimé côté GPU reste de l'ordre de quelques centaines de dollars, selon le document.
Un canot de sauvetage, pas un nouveau bateau
La contrainte pratique est sévère. Le calcul prend des heures pour une seule transaction et le format produit est trop inhabituel pour circuler sur le réseau Bitcoin standard. StarkWare a donc dû transmettre la transaction directement au mineur MARA via son service Slipstream, qui accepte des transactions hors format.
Eli Ben-Sasson, PDG de StarkWare, ne présente pas cette démonstration comme une solution définitive. Sa comparaison est explicite : cette méthode est un canot de sauvetage, pas un bateau plus sûr. Pour lui, Bitcoin a toujours besoin d'une mise à jour de protocole pour traiter le problème à la racine, c'est-à-dire modifier les règles de consensus afin que la résistance quantique soit native et accessible à tous les utilisateurs, sans passer par un mineur partenaire.
La démonstration de StarkWare établit qu'une protection quantique est techniquement réalisable sans soft fork, mais elle révèle en même temps les limites opérationnelles d'une telle approche à grande échelle. Tant que le protocole n'évolue pas, la protection reste réservée à des cas d'usage spécifiques, transmis hors réseau standard, à un coût en temps prohibitif pour un usage courant.









