Aller au contenu principal
Visa fermerait la faille des récompenses sur les memecoins, un titre à 27,84 fois ses bénéfices

Visa fermerait la faille des récompenses sur les memecoins, un titre à 27,84 fois ses bénéfices

Publié par le 9 min de lecture
Partager
Ajoutez-nous à vos favoris

Visa (V), le réseau américain de cartes de paiement, s'apprêterait à fermer la faille qui laissait des achats de memecoins par carte rapporter des points de fidélité, selon The Block. Mais le groupe n'a rien confirmé et son action se paie déjà 27,84 fois ses bénéfices attendus.

L'impact en un coup d'oeil

DirectionNon statuable
IntensitéFaible
HorizonImmédiat
Ce que ça touchePerception, règles du réseau

Une faille rapportée, pas encore confirmée

Visa, c'est le logo au coin de la carte bancaire, le réseau qui fait circuler un paiement entre la banque du client et celle du commerçant sans jamais prêter d'argent lui-même.

Chaque commerçant relié à ce réseau porte un code à quatre chiffres qui dit ce qu'il vend. C'est ce code qui décide si un achat rapporte des points de fidélité ou du cashback, une remise en argent sur l'achat, et les achats de crypto n'en rapportent normalement pas.

Une enquête publiée par The Block le 1er septembre a montré que des achats de memecoins réalisés dans les applications Fomo et Robinhood Wallet passaient sous le code 5815, celui des médias numériques comme les films ou les livres audio. Aucun marqueur n'indiquait qu'il s'agissait de crypto.

Le paiement était traité par Crossmint, une société d'infrastructure de paiement crypto, avec le processeur Checkout.com. Le client payait par carte via Apple Pay ou Google Pay et sa banque voyait un achat de contenu numérique. La banque américaine Chase a signalé l'anomalie à Visa, selon Cointribune.

La suite repose sur une seule source. La lettre spécialisée Crypto in America affirme, sur la foi de correspondances qu'elle a consultées, que Visa a demandé aux processeurs de cesser d'utiliser ce code pour les memecoins. Un délai de grâce courrait jusqu'à la semaine du 21 septembre. Passé ce délai, ces achats devraient être déclarés sous les codes réservés à la crypto, le 6012 et le 6051, avec les restrictions que Visa y attache.

Visa a refusé de commenter. Crossmint répond que sa position et ses procédures n'ont pas changé. Mastercard n'a annoncé aucune mesure comparable.

Pour le détenteur d'une carte Visa, la conséquence décrite par Cointribune est simple. L'achat de memecoins par carte resterait possible, mais il ne rapporterait plus ni points ni cashback.

Aucun volume d'achats concerné n'a été publié, alors que Visa a encaissé 44,49 milliards de dollars de chiffre d'affaires sur les douze derniers mois.

Chiffre d'affaires annuel de Visa en dollars, en hausse régulière sur vingt ans, avec les prévisions des analystes pour les deux prochains exercices.
Le chiffre d'affaires annuel de Visa : c'est à cette échelle qu'une faille sans volume publié doit être rapportée.Source : comptes annuels de Visa et consensus

Ce que le prix incorpore déjà

Le canal touché est celui des règles du réseau. Visa ne vend pas de crypto et ne verse pas les récompenses, qui viennent des banques émettrices des cartes. Son métier est de garantir que chaque transaction est décrite correctement à la banque qui l'autorise. Un code détourné fausse cette description et c'est cette confiance que le groupe fait respecter quand il rappelle un processeur à l'ordre.

Le modèle économique explique pourquoi cette discipline compte. Visa touche une commission sur chaque paiement qui traverse son réseau, quel que soit le code sous lequel il est déclaré. Les banques acceptent ce péage parce qu'elles peuvent se fier à ce que le réseau leur dit de chaque achat. Une banque qui découvre qu'elle a versé du cashback sur des memecoins présentés comme des films a une raison de se plaindre, et Chase l'a fait.

Le prix de l'action raconte une autre histoire, bien plus lourde que celle d'un code marchand. Le titre se paie 27,84 fois les bénéfices attendus, contre 13,57 fois pour la médiane de son sous-secteur du traitement des paiements, qui compte 62 sociétés. L'acheteur de Visa paie donc environ le double de ce que paie l'acheteur moyen du secteur pour un dollar de bénéfice à venir.

Rapporté à sa propre histoire, le multiple se situe au 75e centile de sa distribution sur cinq ans, c'est-à-dire que l'action a été moins chère qu'aujourd'hui les trois quarts du temps. La fiche de Visa détaille chaque multiple face à ses comparables.

L'ancrage le plus utile se lit dans le cours lui-même. À 368,29 dollars, le marché suppose que l'argent qui reste à Visa une fois ses dépenses et ses investissements payés, appelé le free cash flow, progresse d'un peu plus de 11% par an pendant dix ans. Une société qui tient ce rythme double sa trésorerie disponible en un peu plus de six ans.

L'exigence est élevée. Elle repose sur la capacité du réseau à faire passer toujours plus de paiements pour un coût qui, lui, ne bouge presque pas. C'est ce mécanisme qui a porté le groupe jusqu'ici et c'est lui que le cours prolonge de dix ans.

PER glissant de Visa année par année depuis 2008, avec les prévisions des analystes pour les deux prochains exercices.
Le PER glissant de Visa, année par année : à 31,61 fois, il reste dans le haut de ses cinq dernières années.Source : comptes annuels de Visa et consensus

Ce que le marché en fait déjà

La lettre Crypto in America est parue le vendredi 18 septembre. Ce jour-là, l'action a ouvert à 368,56 dollars et terminé à 368,29 dollars, une séance presque immobile. L'article de The Block date du samedi 19 septembre et la Bourse de New York n'a pas coté depuis.

Sur un an, le titre gagne 6,83% quand la médiane de son sous-secteur perd 10,62%. Il progresse de 5,26% depuis le 1er janvier et se situe 4,48% sous son plus haut des cinquante-deux dernières semaines, dans une fourchette qui va de 293,89 à 385,57 dollars. Visa a donc traversé une année difficile pour les sociétés de paiement en restant près de ses sommets.

Les indicateurs de tendance ne signalent aucun excès. Le cours se tient 9,63% au-dessus de sa moyenne des deux cents dernières séances. Le RSI, un indicateur qui mesure si un titre a monté trop vite, ressort à 47,15 sur 100, en zone neutre.

Les 40 analystes qui suivent la valeur sont presque unanimes, avec 36 avis positifs, 3 neutres et 1 négatif. Leur objectif moyen ressort à environ 419 dollars, soit près de 14% au-dessus du cours, avec des cibles qui vont de 330 à 466 dollars. Ils ont relevé leur attente de bénéfice par action pour l'exercice en cours de 0,63% en quatre-vingt-dix jours.

Une telle unanimité se lit dans les deux sens. Elle dit la confiance du marché dans le modèle et elle laisse peu d'acheteurs à convaincre.

Cours de l'action Visa sur deux ans en dollars, revenu près de ses plus hauts après un creux au printemps.
Le titre gagne 6,83% sur un an et se situe 4,48% sous son plus haut des cinquante-deux dernières semaines.Source : séances quotidiennes sur deux ans

Le point de bascule

Le prochain rendez-vous est la publication des résultats attendue le 27 octobre, une date encore estimée. L'indicateur à suivre est la croissance du bénéfice par action, parce que c'est elle qui justifie ou non le multiple.

Le scénario favorable est celui que le consensus décrit. Les analystes attendent un bénéfice par action de 13,23 dollars sur l'exercice 2026, soit environ 15% de plus que l'exercice précédent. Ce rythme dépasse ce que le cours suppose et il s'appuie sur une marge nette de 50,35%, contre 7,79% pour la médiane du sous-secteur. Sur 100 dollars encaissés, Visa en garde la moitié en bénéfice.

Le scénario défavorable est déjà visible dans le dernier trimestre clos. Le bénéfice par action n'y a progressé que de 10,41% sur un an, contre 23,94% pour la médiane du sous-secteur. Dans le même temps, les incitations que Visa verse aux banques et aux commerçants pour garder leurs volumes ont atteint 4,68 milliards de dollars, contre 3,97 milliards un an plus tôt, pour 11,63 milliards de chiffre d'affaires net.

Tant que le bénéfice par action progresse plus vite que les 11% par an que le cours suppose, un multiple de 27,84 fois reste le prix d'un réseau qui garde la moitié de ses revenus en bénéfice. Si la publication du 27 octobre confirme un rythme de 10,41% ou moins, le même multiple devient une exigence que les comptes ne tiennent plus.

Pour le détenteur d'une carte, la semaine du 21 septembre dira si les points disparaissent vraiment des achats de memecoins. Pour l'actionnaire, la réponse qui compte arrive un mois plus tard.

Bénéfice par action annuel de Visa en dollars, en hausse presque continue, avec les prévisions des analystes pour 2026 et 2027.
Le bénéfice par action, l'indicateur à suivre : les analystes attendent 13,23 dollars sur l'exercice 2026.Source : comptes annuels de Visa et consensus

Les données, en clair

Actifs corrélés

Suivez le cours et nos analyses pour chaque actif lié.

Actifs impactés

Données via Hyperview

À lire ensuite