Un blocage administratif après des mois d'escalade
Le président de l'Autorité nationale des jeux (ANJ) a ordonné le 16 juillet 2026 aux fournisseurs d'accès à internet français de bloquer Polymarket, la plateforme de marchés de prédiction basée sur la blockchain. Le grief est direct : Polymarket, exploitée par la société de droit panaméen ADVENTURE ONE QSS INC, propose une offre de jeux d'argent sur le territoire français sans détenir la licence requise. En 2025, l'ANJ avait déjà bloqué administrativement 1 290 URLs pour des motifs similaires ; Polymarket rejoint cette liste, mais avec un traitement de premier plan.
Ce n'est pas la première friction entre la plateforme et les autorités françaises. En novembre 2024, après une mise en demeure de l'ANJ, Polymarket avait mis en place un géoblocage des utilisateurs français, contournable via VPN. Ce dispositif n'a visiblement pas suffi : en juin 2026, le site enregistrait encore 578 751 visites depuis la France, pour 205 057 visiteurs uniques. L'ANJ a donc franchi l'étape suivante, en imposant un blocage au niveau des FAI.
L'affaire du trader et le piratage de sondes météo
Derrière la décision de l'ANJ, deux épisodes ont accéléré la mise sous pression de Polymarket en France. Le premier remonte à fin 2024 : un trader français avait empoché plus de 80 millions de dollars en pariant sur l'issue de la présidentielle américaine, déclenchant une enquête et le gel des transactions financières françaises sur la plateforme.
Le second est plus inédit. Le 4 mai 2026, le parquet de Paris a ouvert une enquête sur suspicion de piratage de sondes Météo-France, dans le cadre de paris portant sur la température. L'établissement public avait déposé plainte après avoir constaté l'altération de l'une de ses sondes. Ce type d'incident illustre un risque concret des marchés de prédiction adossés à des données physiques : la manipulation de la source elle-même devient un vecteur de gain.
Ce que risquent les acteurs qui relaient la plateforme
L'ANJ rappelle dans sa décision que la publicité en faveur d'un site de jeux non autorisé expose son auteur à une amende pouvant atteindre 100 000 euros. Cette précision vise les affiliés, créateurs de contenu et médias qui auraient pu promouvoir Polymarket auprès d'un public français.
Pour les utilisateurs, le blocage au niveau des FAI est techniquement contournable, comme l'était déjà le géoblocage de 2024. Mais la démarche de l'ANJ envoie un signal clair : la régulation des marchés de prédiction on-chain entre dans une phase active en France, avec des outils coercitifs désormais mobilisés contre des plateformes décentralisées opérant sans ancrage juridique européen.








