Une condition explicite : primauté militaire et économique
Jamie Dimon n'a pas tourné autour du pot. Interrogé sur PBS Firing Line les 7 et 8 août 2026, le PDG de JPMorgan a formulé un avertissement direct : "Si nous ne sommes pas la plus forte armée dans 25 ans et la plus forte économie, nous ne serons pas non plus la monnaie de réserve." La formulation, rapportée par Business Insider, établit un lien de causalité que peu de dirigeants de sa stature énoncent aussi clairement.
Le statut de monnaie de réserve mondiale confère aux États-Unis des avantages structurels considérables : financement de la dette à moindre coût, demande mondiale permanente de dollars, capacité à imposer des sanctions financières. Dimon ne conteste pas ces avantages, il en pointe la fragilité : ils reposent sur une domination qui n'est pas acquise indéfiniment.
Un monde fragmenté comme horizon de risque
L'autre volet de l'avertissement porte sur les conséquences géopolitiques d'un recul américain. Dimon a décrit un monde fragmenté sans leadership américain comme "très dangereux". La formule est délibérément vague, mais elle renvoie à un scénario que plusieurs économistes et stratèges évoquent depuis quelques années : un système monétaire international multipolaire, où le yuan, l'euro ou des actifs alternatifs se disputeraient une part du rôle aujourd'hui dévolu au dollar.
Ce scénario reste minoritaire à court terme. Selon les corrélations de marché, la part de marché des stablecoins libellés en dollars resterait au-dessus de 99% en 2026, avec une probabilité de passage sous ce seuil estimée à 7% par les marchés de prédiction. Autrement dit, la dédollarisation numérique n'est pas pour demain. Mais l'horizon de 25 ans que fixe Dimon dépasse largement les cycles de marché habituels.
L'or, actif historiquement corrélé à la défiance envers le dollar, reste un baromètre à surveiller dans ce contexte : toute érosion perçue de la crédibilité du billet vert tend à renforcer la demande institutionnelle pour les métaux précieux et les actifs durs.
La portée de l'avertissement
Dimon n'est pas un commentateur extérieur. JPMorgan est la première banque américaine par les actifs et son PDG dispose d'une visibilité directe sur les flux de capitaux mondiaux, les stratégies de réserve des banques centrales et les arbitrages des grands investisseurs institutionnels. Quand il fixe un délai de 25 ans, il ne prédit pas un effondrement imminent : il signale que la trajectoire actuelle, si elle se poursuit, mène à un rééquilibrage structurel du système monétaire international.
L'avertissement s'inscrit dans un contexte où plusieurs banques centrales ont progressivement diversifié leurs réserves vers l'or ces dernières années et où la question de la dépendance au dollar alimente des débats au sein du G20 et des BRICS. Dimon ne dit pas que le dollar va tomber. Il dit que rien ne garantit qu'il reste debout si les États-Unis cessent d'en mériter le privilège.











