Aller au contenu principal
Schneider Electric s'offre Shelly pour 1,2 Md EUR, et le cours avait déjà pris les devants

Schneider Electric s'offre Shelly pour 1,2 Md EUR, et le cours avait déjà pris les devants

Publié par le 10 min de lecture
Partager
Ajoutez-nous à vos favoris

Schneider Electric (SU), le spécialiste français de l'équipement électrique, a signé le 24 septembre un accord pour racheter le bulgare Shelly Group pour 1,2 Md EUR en numéraire. Mais l'opération pèse moins de 1% de sa valeur en Bourse, sur un titre qui a déjà gagné 26,29% depuis janvier.

L'impact en un coup d'oeil

DirectionPositif
IntensitéFaible
HorizonStructurel
Ce que ça toucheBilan, offre du bâtiment résidentiel

Ce qui a été signé

Schneider Electric, c'est le fabricant des disjoncteurs, des interrupteurs et des tableaux électriques installés dans une bonne partie des logements et des bureaux, et des systèmes qui alimentent et refroidissent les centres de données.

Le 24 septembre, le groupe a annoncé un accord pour acquérir Shelly Group, une société bulgare cotée qui fabrique des modules connectés pour la maison : prises, compteurs, serrures, caméras, et les services en ligne qui les pilotent depuis un téléphone. L'offre porte sur 70 EUR par action, entièrement en numéraire, soit environ 1,2 Md EUR. Selon Boursorama, qui reprend l'annonce, elle représente une prime de 27% sur le cours du 28 juillet 2026 et de 22% sur le cours de référence au moment de l'annonce.

Les deux fondateurs, Dimitar Dimitrov et Svetlin Todorov, détiennent ensemble environ 57% du capital. Ils ont accueilli l'offre favorablement et se sont engagés à apporter leurs titres, sous conditions. L'opération reste suspendue à un seuil d'acceptation de 95% du capital, et sa finalisation est attendue au premier trimestre 2027. Shelly revendique une croissance de ses ventes de plus de 40% par an depuis 2022 ; la source ne donne ni son chiffre d'affaires ni ses marges, et ces deux chiffres manquent pour juger du prix payé.

Rapporté à la taille de l'acheteur, le montant se lit vite. Schneider Electric a vendu pour 42,042 Md EUR sur les douze derniers mois : Shelly lui coûte à peu près dix jours de chiffre d'affaires, et environ un cinquième des 6,187 Md EUR de free cash flow dégagés sur la même période, c'est-à-dire l'argent qui reste une fois toutes les dépenses et les investissements payés. Deux analystes cités par Boursorama y voient un complément logique : RBC Capital Markets parle d'une acquisition complémentaire judicieuse, et Jefferies relève le potentiel de synergies avec l'activité résidentielle du groupe.

Chiffre d'affaires annuel de Schneider Electric depuis 2006, en hausse régulière, suivi des prévisions pour 2026 et 2027.
Des ventes passées de 25,159 Md EUR en 2020 à 40,152 Md EUR en 2025 : Shelly en représente à peu près dix jours.Note : les deux dernières barres sont des prévisions des analystes.Source : comptes annuels de Schneider Electric et consensus

Ce que le prix incorpore déjà

Le canal d'une acquisition payée comptant est le bilan : l'argent sort de la trésorerie, ou s'emprunte. Payé en actions, le rachat aurait réduit la part de chaque actionnaire ; payé comptant, il ne change pas le nombre d'actions, il change ce que la société doit. C'est donc là qu'il faut regarder, et le bilan est justement le point le moins confortable du dossier.

La dette nette de Schneider Electric, c'est-à-dire ses emprunts diminués de sa trésorerie, représente 1,69 fois son EBITDA, le résultat d'exploitation avant amortissements. La médiane de son sous-secteur, qui regroupe 446 fabricants d'équipements électriques, est à 0,29 fois. Autrement dit, il faudrait au groupe près d'un an et huit mois de résultat d'exploitation pour rembourser ce qu'il doit, là où son concurrent médian y parviendrait en moins de quatre mois. Payer 1,2 Md EUR comptant alourdit d'autant la dette nette et, sans compter l'apport de Shelly que la source ne chiffre pas, porterait ce ratio à environ 1,8 fois : une marche, pas une rupture.

La trésorerie raconte la même chose. Le groupe dispose de 4,393 Md EUR de liquidités, et le rachat en absorberait un peu plus du quart. Ce qui rend l'opération supportable n'est pas le bilan, ce sont les flux : le groupe dégage chaque année bien plus d'argent qu'il n'en faut pour payer Shelly, et une acquisition de cette taille se rembourse en quelques mois de free cash flow.

Reste ce que le cours suppose. À 289,80 EUR, le marché intègre une croissance du free cash flow de près de 9% par an sur dix ans. Sur les cinq derniers exercices, le bénéfice par action du groupe a progressé de 13,86% par an. Concrètement, près de 9% par an pendant dix ans revient à un peu plus que doubler l'argent disponible du groupe d'ici 2036. C'est une hypothèse exigeante pour une entreprise de cette taille, mais moins exigeante que ce qu'elle a réellement livré sur ses bénéfices depuis 2020. Le prix ne demande donc pas à Schneider Electric de faire mieux que son passé récent, il lui demande de ne pas ralentir. Un rachat de la taille de Shelly ne déplace pas cette hypothèse d'un point : il ajoute une brique à une trajectoire que le prix a déjà validée. Le détail du bilan et des flux de trésorerie reprend ces chiffres ligne par ligne.

Dette brute de Schneider Electric rapportée à son EBITDA annuel depuis 2006, entre 1,5 et 2,5 fois selon les années.
La dette brute pèse 2,22 fois le résultat d'exploitation annuel : c'est ce levier que le rachat vient alourdir.Note : dette brute, hors trésorerie ; le texte cite la dette nette, trésorerie déduite.Source : comptes annuels de Schneider Electric

Ce que le marché en fait déjà

Le cours ressort à 289,80 EUR à la clôture du 24 septembre. L'annonce n'a presque rien déplacé, avec une variation de 0,02% au moment où elle est tombée, quand l'action Shelly prenait plus de 4%. Sur un an, le titre a gagné 27,19%, et il se situe à 7,20% sous son plus haut des cinquante-deux dernières semaines, dans une fourchette comprise entre 220,40 et 312,30 EUR. Il évolue 9,17% au-dessus de sa moyenne des deux cents dernières séances, un indicateur de tendance de fond qui reste orienté à la hausse.

Ce parcours a déjà fait monter le prix payé pour chaque euro de bénéfice. Calculé sur le bénéfice attendu pour l'exercice en cours, le titre se paie 28,44 fois, contre 21,36 fois pour la médiane de son sous-secteur, soit un tiers plus cher que le fabricant d'équipement électrique médian. Face à sa propre histoire, le PER glissant est plus élevé que 97% du temps sur les cinq dernières années : l'action n'a presque jamais coûté aussi cher par rapport à ses bénéfices.

Les 23 analystes qui suivent la valeur restent pourtant très majoritairement favorables, avec 20 avis positifs, 3 neutres et aucun négatif. Leur objectif moyen s'établit à environ 330 EUR, dans une fourchette de 262 à 370 EUR. Leurs attentes de bénéfice ont même été relevées de 4,13% en quatre-vingt-dix jours, ce qui explique une partie de la hausse : le cours a monté en même temps que les prévisions, pas seulement plus vite qu'elles.

La divergence est là. Le fondamental du jour est positif mais minuscule, et le cours n'avait pas besoin de lui : il s'appuie sur une qualité reconnue, avec une rentabilité des capitaux investis de 12,44% contre 5,22% pour la médiane du sous-secteur, et sur des prévisions en hausse. C'est ce multiple, bien plus que Shelly, qui décidera de la suite.

Cours de l'action Schneider Electric sur deux ans, en hausse depuis le printemps 2025 jusqu'à un plus haut en 2026.
Le titre a gagné 27,19% sur un an et reste proche de son plus haut : l'annonce n'y a presque rien changé.Source : séances quotidiennes sur deux ans

Le point de bascule

Le prochain rendez-vous est la publication du chiffre d'affaires du troisième trimestre, le 29 octobre. La ligne à y lire est la croissance des ventes, qui ressortait à 9,8% sur un an au premier semestre, contre 15,18% pour la médiane du sous-secteur.

Le scénario favorable est celui d'une accélération confirmée. Les prévisionnistes attendent un bénéfice par action d'environ 10,3 EUR sur l'exercice en cours, contre 7,30 EUR publiés sur 2025. Si les ventes du trimestre tiennent le rythme, cette marche devient crédible et le multiple de 28,44 fois se réduit de lui-même à mesure que les bénéfices montent.

Le scénario défavorable est celui d'un trimestre plus mou. À ce niveau de prix, un ralentissement ne se paierait pas seulement par une révision des bénéfices, mais par un rapprochement du multiple vers les 21,36 fois de la médiane, sur un bilan qu'une acquisition payée comptant ne détend pas.

Tant que la croissance des ventes reste au moins au niveau des 9,8% du premier semestre et que les prévisions continuent d'être relevées, le multiple de 28,44 fois reste le prix d'une trajectoire validée. Si le trimestre du 29 octobre montre un ralentissement sous ce rythme, le même multiple devient l'exposition principale du dossier.

Bénéfice par action annuel de Schneider Electric depuis 2006, en léger recul en 2025, avec des prévisions nettement plus hautes pour 2026 et 2027.
7,30 EUR de bénéfice par action en 2025, environ 10,3 EUR attendus en 2026 : la marche que le 29 octobre doit rendre crédible.Note : les deux dernières barres sont des prévisions des analystes.Source : comptes annuels de Schneider Electric et consensus

Les données, en clair

Actifs corrélés

Suivez le cours et nos analyses pour chaque actif lié.

Actifs impactés

Données via Hyperview

À lire ensuite